ManifesteFace aux milliards, la multitude
Bolloré. Stérin. Et derrière eux, les réseaux américains de la Heritage Foundation et du Mathias Corvinus Collegium d'Orbán. Ce n'est pas une impression — c'est un plan écrit noir sur blanc, avec des budgets, des dates et des objectifs. Stérin : 150 millions d'euros sur dix ans, 2000 candidats formés, 1000 mairies ciblées pour 2026, la présidentielle pour 2027. Bolloré : un empire d'un milliard d'euros par an, toute la chaîne de l'opinion sous contrôle — la télé du matin, la radio dans la voiture, le journal du dimanche, le livre en gare, la maison d'édition qui décide quoi publier. Et un biais que personne ne dit : quand un riche donne 100€ à un parti, il ne débourse en réalité que 34€ après déduction fiscale. Quand un précaire donne 100€, il en donne 100. L'État subventionne structurellement les donateurs les plus riches.
Alors, un "Bolloré de gauche" ? Non. Un milliardaire progressiste qui rachète des médias et finance des candidats, c'est le même problème avec un autre visage — une personne seule qui décide, une personne seule qui peut changer d'avis, partir, se compromettre, mourir. La concentration du pouvoir est le problème, pas seulement sa couleur politique. La réponse à un empire centralisé n'est pas un empire symétrique. C'est son contraire : un réseau que personne ne possède, que personne ne peut racheter, que personne ne peut neutraliser d'un seul coup.
Soyons clairs : 200 à 300 millions d'euros par an seraient nécessaires pour un rapport de force réel face à cet empire. Nous n'y sommes pas. Et un don de 10€ ne coûte pas la même chose à tout le monde — 10€ nets pour celui qui ne paie pas d'impôts, 3,40€ réels pour le cadre supérieur qui défiscalise. L'asymétrie est réelle. Mais 500 000 personnes. Ce que ça représente dépend de qui vous êtes — 5€ pour certains, 50€ pour d'autres. Ensemble : des dizaines de millions d'euros par an, sans milliardaire, sans actionnaire, sans personne pour décider à votre place.
Pas un chef de file. Pas une ligne unique. Pas un média qu'on vous demande de soutenir plutôt qu'un autre. Des centaines de projets en même temps, sur tous les terrains : des journalistes d'investigation, des créateurs qui retournent les codes culturels de la droite, des collectifs qui forment des candidats aux municipales, des avocats qui défendent les associations harcelées juridiquement, des syndicalistes dans les entrepôts Amazon, des libraires dans les villes moyennes. Le dissensus n'est pas une faiblesse à corriger — c'est ce qui rend ce réseau indestructible. Vous choisissez où mettre votre énergie et votre argent. Vous construisez le rapport de force que vous voulez.